Québec apporte des changements majeurs à la Charte de la langue française : quel est l’impact pour les assureurs de dommages?
Polices d’assurance et réforme de législation sur la langue française
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Bulletin 18 mars 2025 18 mars 2025
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Amérique du Nord
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Réformes réglementaires
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Assurance et réassurance
Le 24 mai 2022, l’Assemblée nationale du Québec a adopté la « Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français » (la « Loi »). L’un des objectifs de la Loi était d’introduire une réforme visant la législation sur la langue française dans la province.
Résumé de la réforme
Comme nous l’avions souligné dans notre bulletin d’information antérieur Québec apporte des changements majeurs à la Charte de la langue française : quel est l’impact pour les assureurs de dommages?, l’un des changements législatifs d’intérêt pour les compagnies d’assurance résidait dans la modification de l’article 55 de la Charte de la langue française (la « Charte »), qui propose de nouvelles exigences linguistiques pour les contrats d’adhésion depuis le 1er juin 2023. Selon ces exigences, un contrat d’adhésion – comme une police d’assurance dans la plupart des cas – peut être rédigé dans une langue autre que le français uniquement si l’adhérent (l’assuré) reçoit d’abord (ou simultanément) une version française du contrat et s’il exprime explicitement sa volonté de le recevoir dans une autre langue (article 55 al. 1 de la Charte modifiée).
De plus, aucune partie ne peut amener une autre à adhérer à un contrat d’adhésion rédigé dans une langue autre que le français ni lui transmettre un document s’y rattachant et rédigé dans une autre langue, à moins de satisfaire aux exigences susmentionnées (article 55 al. 2 de la Charte modifiée).
La Loi a toutefois apporté deux exceptions importantes : d’une part, les « contrats utilisés dans les relations avec l’extérieur du Québec » et, d’autre part, les « polices d’assurance qui n’ont pas d’équivalent français au Québec et qui proviennent de l’extérieur du Québec ou dont l’utilisation est peu répandue au Québec ». En effet, dans ces deux cas de figure, les parties peuvent convenir en amont de rédiger le contrat d’adhésion dans la langue de leur choix sans qu’une version française soit remise à l’adhérent au préalable (article 55 al. 4(2) et (3) de la Charte modifiée).
Nouvelles interprétations apportées par l’OQLF
Dès l’adoption de la Loi, le milieu des affaires déplorait l’absence de lignes directrices quant à l’interprétation des notions de « contrats utilisés dans les relations avec l’extérieur du Québec » et de « polices d’assurance qui n’ont pas d’équivalent français au Québec et qui proviennent de l’extérieur du Québec ou dont l’utilisation est peu répandue au Québec ». De surcroît, il n’était pas clair si les dispositions actualisées de la Charte s’appliquent seulement lors de la conclusion d’un nouveau contrat d’adhésion ou si elles s’appliquent également lors des renouvellements.
L’Office québécois de la langue française (OQLF) a récemment mis à jour son site Internet afin de proposer une interprétation additionnelle des nouvelles dispositions de la Charte[1].
Selon l’OQLF, l’obligation de remettre une version française s’applique non seulement lors du contrat initial, mais également au moment de tout renouvellement.
Ensuite, l’OQLF définit la notion d’un « contrat utilisé dans les relations avec l’extérieur du Québec » comme « un contrat conclu – sans égard au lieu de sa conclusion – avec une personne physique qui ne réside pas au Québec ou qui n’y est pas domiciliée ou avec une personne morale ou l’exploitant d’une entreprise dont le siège ou l’établissement est situé à l’extérieur du Québec ».
D’après cette interprétation, le contrat d’assurance conclu par un assuré québécois avec un assureur n’ayant aucun domicile ni établissement dans la province pourrait se qualifier à titre de « contrat utilisé dans les relations avec l’extérieur du Québec ». Ainsi, il n’y aurait pas d’obligation de remise d’une version française au préalable dans ce cas.
Définitions utiles
En outre, l’OQLF propose les définitions ci-dessous en ce qui a trait aux polices d’assurance « qui n’ont pas d’équivalent français au Québec », ainsi que des exemples de « polices […] dont l’utilisation est peu répandue au Québec » :
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Police d’assurance qui n’a pas d’équivalent en français au Québec : Police qui, pour une couverture précise, n’existe pas en français au Québec.
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Police d’assurance qui provient de l’extérieur du Québec : Police contractée auprès d’un assureur qui n’est pas titulaire d’une autorisation d’exercer l’activité d’assureur au Québec octroyée par l’Autorité des marchés financiers.
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Police d’assurance dont l’utilisation est peu répandue au Québec : Police qui couvre les risques liés à un domaine d’activité « de niche » [sic] (assurance aviation, assurance maritime, etc.).
Jurisprudence à venir
Il est important de noter qu’à ce jour, les nouvelles dispositions de la Charte introduites par la Loi n’ont pas été interprétées par les tribunaux. À ce titre, l’interprétation mise de l’avant par l’OQLF n’est ni définitive ni contraignante. Cela dit, il s’agit d’une clarification appréciée qui s’avérera sans doute utile pour les assureurs dans l’évaluation de leur travail par rapport aux exigences de conformité réglementaire.
[1] « Contrats d’adhésion » (dernière modification le 15 janvier 2025), en ligne : Office québécois de la langue française.
Le présent document constitue un guide de référence préparé par Clyde & Cie Canada S.E.N.C.R.L. le 18 mars 2025. Les renseignements qui y sont présentés ne constituent pas des conseils juridiques ni ne font référence à un libellé particulier de police d’assurance. Le lectorat est invité à vérifier les libellés de police applicables à tout dossier et à communiquer avec Clyde & Cie Canada S.E.N.C.R.L. pour l’obtention de conseils juridiques. Clyde & Cie Canada S.E.N.C.R.L. n’assume aucune responsabilité en cas de perte subie par toute personne qui agit ou refuse d’agir à la suite de la lecture de la matière renfermée dans le présent document. Aucune partie de ce document ne peut être utilisée, reproduite, stockée dans un système d’extraction ou transmise sous quelque forme ou de quelque façon que ce soit (électroniquement ou mécaniquement, par photocopie, par lecture ou par toute autre méthode) sans la permission expresse de Clyde & Cie Canada S.E.N.C.R.L.
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